Troubles des apprentissages : fonctions en jeu et place du neurofeedback

L’essentiel en 30 secondes

Apprendre transforme le cerveauAttention, engagement, retour sur erreur et consolidation sont les piliers de tout apprentissage.
Des fonctions transversalesAttention, mémoire de travail et fonctions exécutives soutiennent la lecture, l’écriture et le calcul.
Le sommeil consolideCe qui est appris le jour se renforce pendant la nuit.
Le neurofeedback en appuiIl entraîne l’attention et l’autorégulation ; il n’enseigne ni la lecture ni le calcul.

Pourquoi certains enfants peinent-ils à lire, à écrire ou à calculer malgré leurs efforts ? Pour le comprendre, il faut d’abord regarder ce que le cerveau mobilise quand il apprend. Cet article présente les fonctions cognitives en jeu dans les apprentissages, ce qui se passe lorsqu’un trouble s’installe, et la place, réelle mais limitée, que peut y prendre le neurofeedback.

Apprendre : ce que fait le cerveau

Apprendre, c’est modifier durablement des réseaux de neurones : chaque pratique renforce les connexions sollicitées, jusqu’à rendre une tâche presque automatique. C’est la plasticité cérébrale. Le neuroscientifique Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, résume les conditions d’un apprentissage efficace en quatre piliers (Apprendre !, Odile Jacob, 2018).

AttentionLe cerveau sélectionne l’information utile. Sans attention, l’information n’est presque pas retenue.
Engagement actifChercher, essayer, répondre : un élève actif apprend mieux qu’un élève qui écoute passivement.
Retour sur erreurSavoir vite si l’on s’est trompé permet de corriger et d’ajuster sa stratégie.
ConsolidationLa répétition et le sommeil transforment un apprentissage fragile en savoir automatisé.

Les fonctions cognitives qui portent les apprentissages

Lire, écrire ou calculer reposent sur des compétences spécifiques (les sons, les lettres, les nombres, les gestes), mais aussi sur des fonctions transversales, sollicitées en permanence en classe. La chercheuse Adele Diamond décrit trois fonctions exécutives de base : le contrôle inhibiteur, la mémoire de travail et la flexibilité cognitive, sur lesquelles s’appuient la planification et le raisonnement.

Attention

Se concentrer sur la consigne, filtrer les distractions, maintenir l’effort jusqu’au bout de l’exercice.

Mémoire de travail

Garder une information en tête le temps de l’utiliser : une phrase dictée, une retenue, une consigne en trois étapes.

Inhibition et flexibilité

Freiner une réponse impulsive, changer de stratégie quand la première ne marche pas, planifier son travail.

Automatisation

Une compétence automatisée libère l’attention pour comprendre. Tant qu’elle ne l’est pas, chaque mot ou calcul coûte de l’énergie.

Ces fonctions sont étroitement liées. Une méta-analyse a ainsi montré que les enfants en difficulté d’apprentissage présentent souvent des faiblesses de mémoire de travail (Peng et Fuchs, 2016). Le stress et l’anxiété scolaire, de leur côté, consomment une part des ressources attentionnelles disponibles.

Quand un trouble des apprentissages s’installe

Un trouble spécifique des apprentissages (trouble dys) est un trouble du neurodéveloppement durable, qui touche une compétence précise malgré un enseignement adapté. Son diagnostic est médical, posé avec les rééducateurs (HAS, 2018). Il s’accompagne souvent d’une sollicitation accrue des fonctions transversales, d’où la fatigabilité de ces enfants. Le TDAH lui est fréquemment associé : la HAS recommande d’ailleurs, lors de l’évaluation d’un TDAH, de rechercher un trouble des apprentissages associé.

Trouble Compétence touchée Fonctions transversales très sollicitées Rééducation
Dyslexie, dysorthographie Identification des mots écrits, orthographe Attention, mémoire de travail verbale Orthophonie
Dyscalculie Sens du nombre, calcul Mémoire de travail, planification Orthophonie
Dyspraxie Planification et coordination des gestes, écriture Attention visuo-spatiale, double tâche Psychomotricité, ergothérapie
Dysphasie Compréhension ou expression orale Mémoire de travail verbale, attention auditive Orthophonie
L’exemple de la lecture : pourquoi lire fatigue autant un enfant dyslexique

Lire, c’est connecter le système visuel aux aires du langage oral. Au fil de l’apprentissage, une petite région du cortex occipito-temporal gauche se spécialise dans la reconnaissance des mots écrits : les chercheurs l’appellent l’aire de la forme visuelle des mots (Dehaene et Cohen, 2011). Au début, déchiffrer mobilise beaucoup d’attention ; à mesure que la lecture s’automatise, cet effort diminue et l’attention se libère pour la compréhension. Chez l’enfant dyslexique, cette automatisation est plus lente : la lecture reste coûteuse, et la fatigue s’installe plus vite.

Des habitudes qui aident à apprendre

La psychologie cognitive a évalué l’utilité des techniques d’apprentissage : deux d’entre elles se distinguent, se tester et espacer les révisions (Dunlosky et al., 2013). Le sommeil, lui, joue un rôle actif dans la consolidation des souvenirs (Diekelmann et Born, 2010). Chez l’enfant dys, ces principes s’adaptent avec l’orthophoniste et l’enseignant.

Se tester plutôt que relireEspacer les révisions sur plusieurs joursFaire des pauses courtesExpliquer à quelqu’un ce qu’on a comprisDormir suffisamment

Le sommeil compte doublement chez les enfants qui ont aussi un TDAH : lisez notre article sommeil et TDAH chez l’enfant.

Et le neurofeedback dans tout cela ?

Le neurofeedback est un entraînement : l’activité électrique du cerveau est mesurée en temps réel, et l’enfant reçoit un retour (une image, un son) lorsqu’il s’approche de l’état recherché. On y retrouve les piliers de l’apprentissage : attention, engagement, retour immédiat, répétition. Il ne travaille pas la lecture ou le calcul eux-mêmes, mais vise des fonctions transversales : attention soutenue, niveau d’éveil, autorégulation. Le biofeedback (respiration, cohérence cardiaque) aide à aborder plus sereinement les situations scolaires stressantes.

Ce que la recherche suggèreétudes de petite taille

  • Chez des enfants dont l’EEG présentait un excès d’ondes lentes, une équipe a rapporté des progrès cognitifs et une maturation de l’EEG après entraînement (Fernández et al., 2003)
  • Chez 19 enfants dyslexiques, des progrès en orthographe, pas en lecture (Breteler et al., 2010)

Ce qui manque encoreétat des preuves

  • Une revue de 12 études ne montre pas de bénéfice démontré du neurofeedback seul sur la lecture (López-Zamora et al., 2026)
  • Dans le TDAH, souvent associé, la HAS estime qu’il n’y a « pas de niveau de preuve suffisant » pour le proposer (2024)

L’étude de suivi à deux ans la plus souvent citée est analysée dans notre article neurofeedback et troubles dys : que montre l’étude de suivi à deux ans ? Pour l’organisation concrète avec l’orthophoniste et l’école, voyez accompagner l’enfant dys : orthophonie, école et neurofeedback.

Le bilan EEGq : un point de départ, pas un diagnostic

Le bilan EEG quantifié compare l’activité cérébrale de l’enfant à une base de données normative de son âge. Il aide à choisir les cibles d’entraînement et à suivre l’évolution d’un bilan à l’autre. Il ne permet pas de diagnostiquer un trouble dys : ce diagnostic reste médical. Découvrez le déroulement du bilan EEGq.

Bonnet EEG de 19 électrodes et amplificateur
Le bonnet EEG utilisé pour le bilan et l’entraînement.
Un accompagnement complémentaire. Le neurofeedback et le biofeedback ne remplacent ni le diagnostic, ni le suivi médical, ni la rééducation orthophonique, psychomotrice ou en ergothérapie, ni les aménagements scolaires. Un traitement en cours ne doit jamais être arrêté ou modifié sans l’avis du médecin.

Questions fréquentes

Un enfant dys a-t-il forcément un problème d’attention ?

Pas forcément. Mais compenser un trouble dys demande un effort constant, qui épuise l’attention plus vite. Si l’inattention est marquée, même en dehors des tâches écrites, parlez-en au médecin : un TDAH est souvent associé.

Le neurofeedback améliore-t-il la mémoire de travail ?

Certaines études l’ont exploré, mais les preuves restent limitées. Nous ne promettons pas de résultat : l’objectif est d’entraîner l’attention et l’autorégulation qui rendent les apprentissages moins coûteux, en complément de la rééducation.

Combien de séances faut-il prévoir ?

Le nombre de séances est défini après le bilan EEGq et ajusté lors du bilan intermédiaire. Comptez en moyenne une trentaine de séances d’une heure, à raison d’une ou deux par semaine.

Sources

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