L’essentiel en 30 secondes
Endormissements interminables, réveils difficiles, ronflements, journées épuisantes : chez beaucoup d’enfants avec un TDAH, la nuit pèse sur le jour. Et à l’inverse, un sommeil de mauvaise qualité peut à lui seul rendre un enfant agité et distrait. Voici comment repérer ce qui coince, qui consulter, et ce que l’on peut mettre en place à la maison.
Sommeil et TDAH : un lien dans les deux sens
Dans sa recommandation de 2024 sur le TDAH de l’enfant et de l’adolescent, la Haute Autorité de santé (HAS) est claire : « Il est recommandé d’évaluer systématiquement le sommeil chez le sujet ayant un TDAH. » L’évaluation du rythme veille-sommeil fait partie intégrante de la démarche diagnostique.
Selon cette méta-analyse, les enfants avec TDAH présentent plus souvent que les autres une résistance au coucher, des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes, des réveils difficiles le matin, des troubles respiratoires du sommeil et une somnolence dans la journée.
Le TDAH peut perturber le sommeilce que décrit la HAS
- une préférence pour le soir (« chronotype du soir »)
- un retard de phase : endormissement tardif, lever difficile
- un décalage de la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil
Un mauvais sommeil peut imiter un TDAHdiagnostic différentiel
- un sommeil non réparateur peut se traduire par de l’hyperactivité, de l’irritabilité et des difficultés d’attention
- chez l’enfant, la somnolence s’exprime parfois par de l’agitation, pour « lutter » contre elle
- les apnées du sommeil entraînent aussi fatigue, inattention et agitation
Les troubles du sommeil les plus fréquents
Insomnie et retard de phase
Endormissement tardif, difficulté à se lever le matin. Le retard de phase est plus fréquent à l’adolescence.
Apnées obstructives
Ronflements, pauses respiratoires, sueurs, respiration par la bouche. À évoquer chez tout enfant qui ronfle et présente des signes de TDAH.
Jambes sans repos
Sensations désagréables dans les jambes le soir et besoin de bouger. Ce syndrome justifie de rechercher une carence en fer.
Parasomnies
Somnambulisme, terreurs nocturnes : très fréquentes chez l’enfant, elles méritent d’être signalées au médecin si elles se répètent.
L’énurésie (pipi au lit) est également une comorbidité fréquente chez les enfants avec un TDAH. Ces situations ne relèvent pas de la même prise en charge : c’est pourquoi l’avis du médecin est indispensable avant toute autre démarche.
Les signes à noter avant d’en parler au médecin
Pendant une à deux semaines, notez ce que vous observez, la nuit comme le jour. Ces observations ne posent pas de diagnostic : elles aident le médecin à orienter les examens.
Pour structurer ces observations, la HAS signale une échelle validée en français pour le dépistage des troubles du sommeil de l’enfant, la SDSC, qui existe en deux versions (6 mois-4 ans et 4-16 ans). Remplie par les parents à partir des six derniers mois, elle oriente sans remplacer l’avis d’un spécialiste. Un agenda du sommeil (heures de coucher, d’endormissement, de réveil) complète utilement ce questionnaire. Notre questionnaire pour parents aide aussi à faire le point sur l’attention, l’agitation, les émotions et le sommeil.
La démarche diagnostique, étape par étape
La HAS recommande d’orienter vers une consultation spécialisée du sommeil si ces stratégies ne suffisent pas. Le médecin peut aussi, dans certains cas, proposer de la mélatonine pour avancer l’heure d’endormissement : cette décision lui appartient. Pour mieux comprendre la démarche diagnostique du TDAH lui-même, lisez reconnaître les signes du TDAH chez l’enfant.
Hygiène du sommeil : les mesures recommandées
En cas de retard de phase, la HAS décrit des mesures chronobiologiques simples, à adapter à chaque enfant et à chaque famille.
Des horaires réguliers
Coucher et lever à heures régulières aident l’horloge interne à se caler. Un rituel identique chaque soir (toilette, histoire, lumière douce) signale au cerveau que la nuit approche.
Un temps calme avant le coucher
Privilégiez un moment calme et une lumière limitée le soir. Les écrans font partie des habitudes de vie que la HAS recommande d’aborder systématiquement avec les familles d’enfants avec TDAH.
De la lumière et du mouvement dans la journée
Une bonne exposition à la lumière pendant la journée et une activité physique plutôt dans la première partie de la journée favorisent un endormissement plus précoce.
Notre guide offert « Attention et sommeil de votre enfant » rassemble des conseils concrets : il est envoyé aux abonnés de La lettre neuro d’Élan.
Et le biofeedback ?
Au centre, le sommeil fait partie du bilan EEGq : un questionnaire de sommeil est rempli par les parents, et nous sommes attentifs aux signes évoquant un trouble respiratoire ou des impatiences. Si c’est le cas, nous vous orientons vers le médecin avant tout entraînement.
Le biofeedback de la respiration et de la cohérence cardiaque permet à l’enfant de voir, en direct, l’effet de sa respiration sur son rythme cardiaque. Il apprend un exercice simple qu’il peut refaire au moment du coucher. L’objectif : rendre ce moment plus apaisé, en complément des mesures d’hygiène du sommeil, sans se substituer à la prise en charge médicale d’un trouble du sommeil.
Côté neurofeedback, une étude pilote menée sans groupe contrôle chez des enfants et des adultes avec TDAH (de 6 à 53 ans) a observé un endormissement plus rapide après un entraînement du rythme sensorimoteur (Arns et al., 2014). Ces résultats restent préliminaires, et la HAS estime qu’il n’y a « pas de niveau de preuve suffisant » pour proposer le neurofeedback dans le TDAH. En savoir plus sur notre page neurofeedback et TDAH.

Questions fréquentes
Mon enfant ronfle : faut-il s’inquiéter ?
Un ronflement régulier, surtout s’il s’accompagne de pauses respiratoires, de sueurs, d’une respiration par la bouche ou d’une fatigue dans la journée, mérite d’en parler au médecin. Il pourra orienter votre enfant vers un ORL si besoin.
La mélatonine est-elle la solution ?
Elle peut aider certains enfants à s’endormir plus tôt, mais c’est une décision médicale. La HAS recommande d’abord des stratégies comportementales, après avoir écarté une apnée du sommeil. N’en donnez jamais sans l’avis du médecin.
Le biofeedback peut-il remplacer le suivi médical du sommeil ?
Non. Il aide l’enfant à apprendre à se détendre, en complément des mesures d’hygiène du sommeil et du suivi médical. Il ne remplace ni le diagnostic ni la prise en charge d’un trouble du sommeil.
Sources
- HAS (2024). Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents. Recommandations (sommeil : § 3.1.5.1 ; diagnostic différentiel ; neurofeedback : § 3.1.4.2)
- Cortese S., Faraone S.V., Konofal E., Lecendreux M. (2009). Sleep in children with attention-deficit/hyperactivity disorder: meta-analysis of subjective and objective studies. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 48(9), 894-908
- Putois B. et al. (2017). The French Sleep Disturbance Scale for Children. Sleep Medicine, 32, 56-65
- SFRMS. Échelle de dépistage des troubles du sommeil de l’enfant de 4 à 16 ans (version française 2017)
- Arns M., Feddema I., Kenemans J.L. (2014). Differential effects of theta/beta and SMR neurofeedback in ADHD on sleep onset latency. Frontiers in Human Neuroscience, 8, 1019