Neurofeedback swLORETA

Un neurofeedback guidé par l’EEG quantifié, qui cible des régions et des réseaux cérébraux à partir de 19 électrodes : principe, atouts et limites.

L’essentiel en 30 secondes

19 électrodes, une vue en 3DÀ partir de l’EEG de surface, le swLORETA estime l’activité de plus de 12 000 petits volumes du cerveau.
Un repère : le Z-scoreChaque mesure est comparée en temps réel à une base normative de personnes du même âge.
Des réseaux plutôt qu’un pointLe protocole peut cibler des régions et leurs liens, y compris des structures profondes.
Une recherche en coursUne approche prometteuse, mais aucune supériorité démontrée sur le neurofeedback classique.

De l’EEG de surface aux sources cérébrales

Un électroencéphalogramme (EEG) enregistre, à la surface du crâne, l’activité électrique produite par des millions de neurones. Chaque électrode capte un mélange de signaux venus de régions plus ou moins proches : l’EEG de surface indique où l’on mesure, pas précisément d’où vient l’activité. Imaginez plusieurs micros placés autour d’une salle : chacun capte toutes les voix, plus ou moins fort ; en comparant les enregistrements, on peut estimer d’où vient chaque voix. C’est le principe de l’imagerie électrique des sources, qui associe la grande précision temporelle de l’EEG à un calcul de la répartition de l’activité en trois dimensions.

Fp1Fp2F7F3FzF4F8T3C3CzC4T4T5P3PzP4T6O1O2
Ce que l’on mesure : 19 points à la surface du crâne (système 10-20).
Ce que l’on estime : la répartition de l’activité en 3D, jusqu’aux structures profondes (illustration).

LORETA, sLORETA, swLORETA : trente ans de progrès

1994 : LORETA (Roberto Pascual-Marqui et ses collègues) découpe le cortex en environ 2 400 petits volumes, les voxels (Pascual-Marqui et al., 1994).
2002 : sLORETA, version « standardisée », améliore la précision de localisation sur une grille d’environ 6 200 voxels (Pascual-Marqui, 2002).
2004-2006 : premiers neurofeedback LORETA sur 19 voies, puis comparaison de l’EEG en temps réel à une base normative : le « Z-score en direct ».
2007 : swLORETA (standardized weighted) compense le fait que les électrodes captent moins bien les sources profondes (Palmero-Soler et al., 2007).
2009 : le neurofeedback LORETA Z-score cible des « carrefours » de réseaux, les aires de Brodmann.
2017 : le neurofeedback swLORETA Z-score s’appuie sur plus de 12 000 voxels et intègre le cervelet et des structures profondes comme le thalamus (Thatcher, Lubar et Koberda, 2019).

Une précision croissante : nombre de voxels estimés

LORETA
≈ 2 400
sLORETA
≈ 6 200
swLORETA
> 12 000

Ordres de grandeur issus des publications citées ci-dessus.

Ces estimations restent de basse résolution : elles ne remplacent pas une IRM et décrivent un fonctionnement, pas une lésion. Les recommandations techniques de l’IQCB publiées en 2025 passent d’ailleurs ces outils en revue en appelant à la prudence dans leur interprétation (Collura et al., 2025).

Le Z-score et la base normative

Le Z-score exprime l’écart entre une mesure et la moyenne d’un groupe de référence du même âge, en unités d’écart-type, un peu comme la taille d’un enfant située sur une courbe de croissance. Un Z-score de 0 correspond à la moyenne ; environ 68 % des personnes se situent entre -1 et +1, et 95 % entre -2 et +2. Comme le rappelle Neurofeedback Luxembourg, il ne faut pas confondre norme et normalité : un écart n’est pas un problème en soi, il est toujours interprété au regard de ce que vit la personne.

-3-2-10+1+2+368 %Moyenne des personnes du même âge
Le Z-score situe une mesure par rapport à la moyenne des personnes du même âge : environ 68 % d’entre elles se situent entre -1 et +1.

Pour l’entraînement, le Z-score a un intérêt pratique : il ramène des mesures très différentes (amplitude, rapports entre ondes, cohérence, phase) à une unité commune, ce qui limite la part d’arbitraire dans le choix des seuils. Au centre, le bilan et l’entraînement s’appuient sur le logiciel NeuroGuide, développé par l’équipe du chercheur Robert Thatcher (Applied Neuroscience). Sa base de données normative réunit plus de 600 personnes en bonne santé, âgées de 2 mois à 82 ans, et sa version LORETA a fait l’objet d’une étude de validité (Thatcher, North et Biver, 2005).

19électrodes réparties sur l’ensemble du crâneSource : Institut Neurosens
12 000+voxels estimés par le swLORETASource : Thatcher et al., 2019
88aires de Brodmann, plus le thalamus et le cerveletSource : Applied Neuroscience
600+personnes de 2 mois à 82 ans dans la base normativeSource : Institut Neurosens
Interface du logiciel NeuroGuide : analyse de l’EEG quantifié et comparaison à la base normative
Analyse de l’EEG quantifié avec NeuroGuide.

19 électrodes, des milliers de mesures

Le bonnet 19 voies couvre l’ensemble du crâne. À partir de ces 19 signaux, le logiciel estime en temps réel l’activité de 88 aires de Brodmann (les grandes régions fonctionnelles du cortex) et de plusieurs structures profondes : thalamus, vermis, noyau rouge, cervelet. Pour chacune, il peut calculer la puissance par bande de fréquence, la connectivité entre régions (cohérence), la synchronisation (phase) ou l’asymétrie. Le protocole ne retient qu’une sélection de ces mesures, choisie d’après le bilan EEGq, une liste de symptômes et vos objectifs.

Entraîner des réseaux cérébraux

Les neurosciences décrivent le cerveau comme un ensemble de réseaux cérébraux : des régions parfois éloignées qui travaillent de concert. Trois d’entre eux sont particulièrement étudiés (Menon, 2011) :

Mode par défaut

Actif quand l’esprit vagabonde, se souvient ou se projette (Raichle et al., 2001) ; associé aux ruminations lorsqu’il reste trop présent.

Saillance

Repère ce qui compte, dans l’environnement ou dans le corps, et aide à basculer d’un mode à l’autre.

Exécutif central

Mobilisé pour l’attention soutenue, la mémoire de travail et la planification.

Interface de paramétrage d’un entraînement swLORETA
Le paramétrage d’un entraînement swLORETA : régions et mesures ciblées.

Le neurofeedback swLORETA permet de cibler des mesures associées à ces réseaux (régions « carrefours », liens entre modules) plutôt qu’un seul point du crâne. Le lien entre une difficulté et un réseau reste toutefois une hypothèse de travail : il oriente le protocole, sans être une certitude.

Écran affichant un cerveau en 3D avec des régions colorées et un bonnet EEG
Le swLORETA estime l’activité de régions et de réseaux en 3D (illustration).

swLORETA ou 2 canaux : quelle différence ?

Critère swLORETA Z-score 2 canaux personnalisé
Capteurs Bonnet de 19 électrodes Électrodes sur une ou deux zones du cuir chevelu
Ce qui est entraîné Régions et réseaux estimés en 3D, plusieurs mesures à la fois Des bandes de fréquence précises, sur une ou deux zones
Repère Z-scores comparés en temps réel à la base normative Seuils réglés d’après le bilan
Logiciel NeuroGuide (Applied Neuroscience) BioGraph Infiniti (Thought Technology)
Installation Plus longue (bonnet et gel) Plus légère, souvent plus confortable pour les jeunes enfants

Aucune des deux n’est meilleure dans l’absolu : le choix dépend du profil, de l’âge, de la tolérance au bonnet et des objectifs. Pour situer ces méthodes parmi d’autres approches, lisez Neurofeedback dynamique ou guidé par EEGq : quelle différence ?

Comment se déroule une séance ?

PréparationPose du bonnet avec un gel conducteur, puis vérification de la qualité du signal.
ParamétrageChoix des régions, réseaux et mesures, d’après le bilan et les séances précédentes.
EntraînementLe film reste net quand les mesures se rapprochent de la zone de référence, et s’assombrit quand elles s’en écartent.
Biofeedback et échangeUn temps de respiration ou de cohérence cardiaque, puis un retour sur les ressentis.
Séance de neurofeedback : adolescent de dos devant un écran avec film et tracés EEG
Une séance de neurofeedback : le film réagit en temps réel à l’activité cérébrale (illustration).

Il s’agit de rester attentif au retour, sans chercher à forcer. Le rythme reste d’une à deux séances par semaine, et le programme prévoit un bilan EEGq intermédiaire pour comparer l’évolution.

Pour qui ?

Le neurofeedback swLORETA peut être proposé aux adultes, aux adolescents et aux enfants capables de garder le bonnet pendant la séance, lorsque le bilan montre des écarts touchant plusieurs régions ou leur connectivité, par exemple en lien avec l’attention, l’anxiété et le stress ou le sommeil. Un protocole 2 canaux est parfois plus adapté ou mieux toléré : la décision se prend lors de la restitution du bilan.

Limites et état de la recherche

Ce que montrent les étudesdes signaux encourageants

  • Des progrès décrits dans des cas cliniques et des séries de cas (Koberda et al., 2012 ; Krigbaum et Wigton, 2015)
  • Une étude pilote en cabinet : attention, fonctions exécutives et comportement améliorés, sans groupe contrôle (Wigton et Krigbaum, 2019)
  • Pour le LORETA, des études de meilleure qualité et des pistes dans le TDAH et la détresse liée aux acouphènes (Coben et al., 2019)

Ce qui manque encoreles limites actuelles

  • Des essais randomisés en aveugle, avec groupe contrôle
  • Une supériorité démontrée sur le neurofeedback classique : aucune à ce jour
  • Des protocoles standardisés : Neurofeedback Luxembourg note aussi que certains praticiens surestiment ses effets

Une revue critique, limitée aux études de groupe publiées, estime que la validation empirique de ces approches reste largement à faire : aucune donnée ne montre à ce jour que le Z-score 19 voies soit efficace ou supérieur, et les résultats LORETA, plus solides, doivent encore être répliqués (Coben, Hammond et Arns, 2019). Dans un petit essai randomisé (23 adultes présentant un stress post-traumatique chronique), le LORETA Z-score n’a pas fait mieux qu’un biofeedback cardiaque, les deux groupes ayant progressé (Bell et al., 2019). Dans le TDAH, une méta-analyse toutes méthodes confondues ne trouve pas d’effet significatif lorsque les évaluateurs ignorent qui a reçu quel entraînement (Westwood et al., 2025), et la Haute Autorité de santé ne recommande pas le neurofeedback dans ce trouble (2024). L’Institut Neurosens le résume ainsi : la supériorité de cet entraînement n’est pas encore établie. Le swLORETA est donc une approche individualisée et prometteuse, dont l’intérêt propre reste à confirmer : la recherche est en cours, et nous vous la présentons comme telle.

Un accompagnement complémentaire. Le neurofeedback swLORETA ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas un suivi médical. Aucun traitement en cours ne doit être modifié ou arrêté sans l’avis de votre médecin.

Questions fréquentes

Le swLORETA est-il plus efficace que le neurofeedback classique ?

Ce n’est pas démontré à ce jour. Il permet de cibler davantage de régions et de réseaux à la fois, mais les études comparatives manquent. Nous le proposons lorsque le profil issu du bilan s’y prête.

Le swLORETA remplace-t-il une IRM ?

Non. Il estime l’activité électrique du cerveau avec une basse résolution : il décrit un fonctionnement, pas la structure du cerveau, et ne pose aucun diagnostic.

Le neurofeedback swLORETA envoie-t-il du courant dans le cerveau ?

Non. Les électrodes ne font qu’enregistrer : le retour passe uniquement par l’image et le son, et la séance est indolore. Prévoyez seulement un shampoing après, à cause du gel.

Faut-il moins de séances avec le swLORETA ?

Aucune étude solide ne permet de l’affirmer. Le parcours type reste d’une trentaine de séances en moyenne, réévalué lors du bilan intermédiaire.

Peut-on commencer directement par des séances swLORETA ?

Non. Les cibles d’entraînement sont choisies à partir du bilan EEGq initial, qui reste toujours la première étape.

Sources