L’essentiel en 30 secondes
Une étude est souvent citée pour affirmer que les effets du neurofeedback chez des enfants avec un trouble des apprentissages se maintiendraient deux ans après l’entraînement. Que dit-elle exactement, et que peut-on raisonnablement en conclure ? Voici une lecture critique, pour vous aider à vous faire votre propre idée.
Quelle est cette étude ?
Il s’agit d’un article publié en 2006 dans la revue Clinical EEG and Neuroscience par J. Becerra, T. Fernández, T. Harmony et leurs collègues, une équipe de recherche mexicaine. Il prolonge une première étude de la même équipe, parue en 2003 dans Clinical Electroencephalography, qui comparait des enfants entraînés par neurofeedback à des enfants recevant un placebo.
| Élément | Ce que l’on sait |
|---|---|
| Référence | Becerra J. et al., Clinical EEG and Neuroscience, 2006, vol. 37, n° 3, p. 198-203 |
| Étude de départ | Fernández T. et al., Clinical Electroencephalography, 2003, vol. 34, n° 3, p. 145-152 |
| Enfants | Enfants avec un trouble des apprentissages et un rapport thêta/alpha plus élevé que la norme pour leur âge |
| Effectif | 10 enfants dans l’étude de départ, répartis en deux groupes |
| Entraînement | 20 séances d’une demi-heure, deux par semaine, pour apprendre à réduire le rapport thêta/alpha |
| Groupe contrôle | Mêmes séances, mais récompenses sans lien avec l’activité cérébrale (placebo) |
| Mesures | EEG quantifié, évaluation cognitive (échelle de Wechsler, WISC) et comportement |
| Recul | Deux ans après la fin de l’entraînement |
Pourquoi parler de « maturation » de l’EEG ?
Chez l’enfant, l’activité électrique du cerveau évolue avec l’âge : la part des ondes lentes (thêta) diminue au profit de rythmes plus rapides, comme l’alpha. Ces chercheurs interprètent un rapport thêta/alpha élevé pour l’âge comme un retard de maturation de l’EEG. L’entraînement consistait donc à aider l’enfant à faire baisser ce rapport, grâce à une récompense obtenue en temps réel.
Ce que les auteurs rapportent
Groupe entraînéneurofeedback
- À la fin de l’entraînement (2003) : meilleurs résultats au WISC et EEG plus « mature »
- Deux ans après : la maturation de l’EEG s’est poursuivie
- Des changements de comportement positifs, que les auteurs décrivent comme une rémission des symptômes du trouble des apprentissages
Groupe placeborécompenses aléatoires
- À la fin de l’entraînement : pas de changement de comportement, des modifications de l’EEG faibles, expliquées par l’âge
- Deux ans après : le retard de maturation de l’EEG s’est accentué, avec une activité thêta anormalement élevée
- Le diagnostic de trouble des apprentissages est toujours présent
Ce résultat est intéressant : il suggère que des changements obtenus pendant l’entraînement pourraient se maintenir, voire se prolonger, alors que l’écart avec les enfants du même âge se creusait dans le groupe placebo.
Pourquoi rester prudent
Un tout petit effectif
Une dizaine d’enfants au total : l’évolution d’un seul enfant suffit à peser sur les résultats d’un groupe.
Un groupe peu précis
Les enfants ont été choisis sur un critère EEG, avec un trouble des apprentissages au sens large : on ne sait pas à quel trouble dys précis les résultats s’appliquent.
Une seule équipe
Les travaux viennent du même groupe de recherche. À notre connaissance, ce suivi à deux ans n’a pas été reproduit par d’autres équipes sur de plus grands effectifs.
Deux ans, c’est long
École, rééducations, développement de l’enfant : sur une telle durée, il est difficile d’isoler la part propre à l’entraînement.
Enfin, l’article n’est pas en accès libre : seuls son résumé et ses références sont consultables par le grand public, ce qui limite la vérification de ses détails.
Ces cinq questions simples aident à juger la solidité de toute étude, sur le neurofeedback comme sur n’importe quelle autre approche.
Où en est la recherche depuis ?
En France, le guide de la HAS sur le parcours de santé des enfants avec troubles dys (2018) ne mentionne pas le neurofeedback. Il décrit un parcours coordonné associant diagnostic médical, rééducation et adaptations pédagogiques.
Ce que nous en retenons au centre Élan
Cette étude a ouvert une piste : l’EEG quantifié peut décrire un profil d’activité cérébrale, guider un entraînement personnalisé et permettre d’en suivre l’évolution dans le temps. Elle ne permet pas, en revanche, d’affirmer que le neurofeedback fait disparaître un trouble dys.
Nous le proposons donc comme un entraînement complémentaire, centré sur l’attention, le niveau d’éveil et l’autorégulation, en lien avec l’orthophoniste et l’école. Pour l’organisation concrète, lisez accompagner l’enfant dys : orthophonie, école et neurofeedback ; pour comprendre les fonctions cognitives en jeu, troubles des apprentissages : les fonctions en jeu. Le déroulement du bilan est détaillé sur notre page bilan EEGq.
Questions fréquentes
Cette étude prouve-t-elle que le neurofeedback fait disparaître un trouble dys ?
Non. Elle porte sur une dizaine d’enfants et n’a pas été reproduite à grande échelle. Ses résultats sont encourageants mais restent à confirmer, et les revues récentes jugent les preuves insuffisantes.
Mon enfant a-t-il forcément un EEG « immature » ?
Non. Les enfants de cette étude avaient été sélectionnés justement parce que leur EEG présentait ce profil. Chaque enfant est différent : c’est l’intérêt d’un bilan EEGq individuel, qui ne remplace pas pour autant le diagnostic médical.
Le neurofeedback peut-il remplacer l’orthophonie ?
Non. L’orthophonie rééduque le langage écrit ou oral ; le neurofeedback vise des ressources transversales comme l’attention. Les deux peuvent se compléter, en lien avec le médecin de l’enfant.
Sources
- Becerra J., Fernández T., Harmony T. et al. (2006). Follow-up study of learning-disabled children treated with neurofeedback or placebo. Clinical EEG and Neuroscience, 37(3), 198-203 (PubMed 16929704)
- Fernández T., Herrera W., Harmony T. et al. (2003). EEG and behavioral changes following neurofeedback treatment in learning disabled children. Clinical Electroencephalography, 34(3), 145-152
- Fernández T. et al. (2016). Neurofeedback in learning disabled children: visual versus auditory reinforcement. Applied Psychophysiology and Biofeedback, 41(1), 27-37
- Breteler M.H.M. et al. (2010). Improvements in spelling after QEEG-based neurofeedback in dyslexia: a randomized controlled treatment study. Applied Psychophysiology and Biofeedback, 35(1), 5-11
- López-Zamora M. et al. (2026). Efficacy of neurofeedback in the treatment of dyslexia: a systematic review. Annals of Dyslexia, 76(1), 137-155
- HAS (2018). Troubles dys : comment mieux organiser le parcours de santé ? Guide parcours de santé