L’essentiel en 30 secondes
Que se passe-t-il dans le cerveau d’une personne avec un TDAH, et que peut-on raisonnablement attendre du neurofeedback ? Voici l’état des travaux les plus solides. Pour la définition du trouble et la démarche diagnostique, voyez notre article le TDAH : définition, causes et accompagnement ; pour repérer les signes chez l’enfant, notre guide pour les parents.
Le TDAH vu par les neurosciences
Des réseaux qui coopèrent moins bien
Le premier modèle du TDAH se concentrait sur les circuits reliant le cortex préfrontal et les noyaux gris centraux, impliqués dans le contrôle de l’action. Les travaux d’imagerie des quinze dernières années ont élargi ce regard : le TDAH apparaît comme un trouble de la coordination entre grands réseaux cérébraux (Castellanos et Proal, 2012).
Le réseau exécutif
Il planifie, freine une réaction, garde une consigne en tête. Il est souvent moins activé lors des tâches qui demandent du contrôle.
Les réseaux de l’attention
Ils orientent l’attention vers ce qui compte et repèrent ce qui surgit. Leur réglage fin est moins stable.
Le réseau par défaut
Actif quand l’esprit vagabonde, il devrait se mettre en retrait pendant l’effort. Chez beaucoup de personnes TDAH, il « s’invite » trop facilement.
L’attention ne manque donc pas : elle est difficile à maintenir et à diriger, surtout sur une tâche longue ou peu motivante.
Une maturation cérébrale décalée
Une étude d’imagerie de référence a suivi plusieurs centaines d’enfants, avec et sans TDAH, par IRM répétées (Shaw et al., 2007). Le cortex suit la même séquence de maturation dans les deux groupes, mais avec un décalage d’environ trois ans, plus marqué dans les régions préfrontales.
Âge auquel la moitié du cortex atteint son épaisseur maximale
Source : Shaw et al., PNAS, 2007 (223 enfants avec TDAH, 223 sans TDAH).
Une très large étude internationale (Hoogman et al., 2017, plus de 3 200 participants) retrouve aussi de petites différences de volume de certaines structures profondes, surtout chez l’enfant. Ces écarts sont réels à l’échelle d’un groupe, mais trop faibles pour être visibles sur l’IRM d’une personne : l’imagerie ne permet pas de diagnostiquer un TDAH.
La composante génétique est forte : l’héritabilité dépasse 70 % selon la HAS.

L’EEG et le débat sur le ratio thêta/bêta
Dans les années 1990-2000, de nombreuses études ont rapporté chez les enfants TDAH un excès d’ondes lentes thêta par rapport aux ondes rapides bêta, mesuré au sommet du crâne. Ce « ratio thêta/bêta » a même servi de base à un outil d’aide au diagnostic autorisé aux États-Unis en 2013.
Les données plus récentes ont nuancé ce tableau. Une méta-analyse (Arns et al., 2013) montre que l’écart entre enfants avec et sans TDAH s’est réduit au fil des années et conclut que ce ratio n’est pas un marqueur diagnostique fiable ; il concerne surtout un sous-groupe de personnes. L’Académie américaine de neurologie déconseille de l’utiliser pour confirmer un diagnostic (Gloss et al., 2016), et la HAS rappelle qu’aucun biomarqueur ne permet de poser ou d’écarter un TDAH.
Les ondes cérébrales en deux mots
- Delta (moins de 4 Hz) : dominantes dans le sommeil profond.
- Thêta (4 à 8 Hz) : somnolence, rêverie, mais aussi certains processus de mémoire.
- Alpha (8 à 12 Hz) : éveil calme, notamment yeux fermés.
- Bêta (13 à 30 Hz) : éveil actif, engagement dans une tâche ; en excès, tension.
Aucune onde n’est « bonne » ou « mauvaise » : c’est l’équilibre entre elles, selon la région et la situation, qui compte.
Ce constat d’hétérogénéité rejoint notre pratique : d’une personne TDAH à l’autre, les profils EEG diffèrent (excès d’ondes lentes, excès d’ondes rapides, ou profil proche de la norme). C’est pourquoi, au centre, le bilan EEGq ne sert pas à diagnostiquer, mais à décrire le profil individuel et à choisir les cibles d’entraînement.
Neurofeedback et TDAH : ce que montre la recherche
Étudié dans le TDAH depuis les années 1970, le neurofeedback donne des résultats qui dépendent de la façon de mesurer les progrès : les évaluations des parents, qui savent que leur enfant s’entraîne, sont plus favorables que les évaluations « en aveugle », réalisées par des personnes qui ignorent quel enfant a reçu quel entraînement.
| Année | Étude | Ce qu’elle montre |
|---|---|---|
| 2014 | Micoulaud-Franchi et al., méta-analyse (5 essais, 263 enfants) | Amélioration globale selon les parents ; selon les enseignants, seule l’inattention s’améliore. |
| 2016 | Cortese et al., méta-analyse (13 essais, 520 enfants) | Effets nets selon les évaluateurs non aveugles, non significatifs avec des évaluations probablement en aveugle. |
| 2019 | Van Doren et al., méta-analyse du suivi (10 essais) | Selon les parents, effets maintenus, et même accrus pour l’inattention, 2 à 12 mois après la fin de l’entraînement. |
| 2019 | Bussalb et al., méta-analyse (équipe française) | Effet significatif selon les parents, pas selon les enseignants ; meilleurs résultats avec les protocoles « standard ». |
| 2020 | Arns et al., revue des méta-analyses | Classe les protocoles standard au niveau « efficace et spécifique » de son échelle de preuve. |
| 2021 | Neurofeedback Collaborative Group, essai en double aveugle (144 enfants) | Les enfants progressent autant avec le neurofeedback réel qu’avec un neurofeedback simulé ; moins de médicaments à 13 mois dans le groupe neurofeedback. |
| 2025 | Westwood et al., méta-analyse (38 essais, 2 472 participants) | Pas d’effet global en évaluation probablement en aveugle ; petit effet pour les protocoles standard. |
Ce qui plaide en sa faveurpoints solides
- Des progrès réguliers rapportés par les familles
- Des effets qui semblent se maintenir après l’arrêt
- De meilleurs résultats avec des protocoles bien définis
- Une démarche active, où l’enfant voit ses progrès
Ce qui invite à la prudencequestions ouvertes
- Des effets faibles ou absents en évaluation en aveugle
- Un essai en double aveugle de 2021 sans différence avec le placebo
- La part des effets non spécifiques : attention reçue, motivation, cadre
- Des protocoles très variables d’une étude à l’autre
Ce que nous en retenons au centre Élan
Nous présentons ces résultats tels qu’ils sont, y compris lorsqu’ils sont défavorables. Le neurofeedback n’est pas une alternative aux interventions recommandées : nous le proposons comme un entraînement complémentaire de l’autorégulation, associé au biofeedback, avec trois exigences :
- des protocoles personnalisés à partir du bilan EEGq, en privilégiant les approches les mieux étudiées ;
- une évolution mesurée : bilan intermédiaire comparé au bilan initial, questionnaires et retours de l’entourage ;
- une coordination avec le médecin et les professionnels qui suivent la personne.
Pour découvrir le déroulement concret de cet accompagnement, consultez notre page neurofeedback et TDAH et notre article neurofeedback dynamique ou EEGq : quelle différence ?
Questions fréquentes
Peut-on voir un TDAH sur un EEG ou une IRM ?
Non. Les différences observées en imagerie ou en EEG existent à l’échelle de groupes de personnes, mais elles sont trop faibles et trop variables pour diagnostiquer un individu. Le diagnostic reste clinique, posé par un médecin formé au TDAH.
Les effets du neurofeedback sont-ils durables ?
Une méta-analyse (Van Doren et al., 2019) indique que les progrès rapportés par les parents se maintiennent 2 à 12 mois après la fin de l’entraînement. Les données en aveugle sur le long terme restent toutefois limitées : c’est l’une des questions que la recherche doit encore trancher.
Le neurofeedback peut-il remplacer le traitement médicamenteux ?
Non. Le neurofeedback s’envisage en complément, jamais à la place d’un traitement prescrit. Toute décision concernant un médicament appartient exclusivement au médecin qui suit l’enfant ou l’adulte.
Sources
- Haute Autorité de santé (2024). TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents
- Castellanos FX, Proal E (2012). Large-scale brain systems in ADHD. Trends in Cognitive Sciences
- Shaw P et al. (2007). ADHD is characterized by a delay in cortical maturation. PNAS
- Hoogman M et al. (2017). Subcortical brain volume differences in ADHD. Lancet Psychiatry
- Arns M et al. (2013). A decade of EEG theta/beta ratio research in ADHD. Journal of Attention Disorders
- Gloss D et al. (2016). The utility of EEG theta/beta power ratio in ADHD diagnosis. Neurology
- Micoulaud-Franchi JA et al. (2014). EEG neurofeedback in children with ADHD: an updated meta-analysis. Frontiers in Human Neuroscience
- Cortese S et al. (2016). Neurofeedback for ADHD: meta-analysis of randomized controlled trials. JAACAP
- Van Doren J et al. (2019). Sustained effects of neurofeedback in ADHD. European Child & Adolescent Psychiatry
- Bussalb A et al. (2019). Factors influencing the efficacy of neurofeedback in ADHD. Frontiers in Psychiatry
- Arns M et al. (2020). Neurofeedback and ADHD in children: rating the evidence. Applied Psychophysiology and Biofeedback
- Neurofeedback Collaborative Group (2021). Double-blind placebo-controlled trial of neurofeedback for ADHD. JAACAP
- Westwood SJ et al. (2025). Neurofeedback for ADHD: a systematic review and meta-analysis. JAMA Psychiatry