L’essentiel en 30 secondes
Les articles de presse font connaître le neurofeedback à de nombreuses familles, et c’est une bonne chose. Ils simplifient aussi, parfois trop. Dans cette revue de presse, nous résumons un article paru dans Femina en avril 2021, signé Lise Bouilly, puis nous le confrontons à l’état actuel de la recherche.
Ce que racontait l’article
L’article présentait le neurofeedback comme une méthode issue des neurosciences, née dans les années 1960, d’abord étudiée dans l’épilepsie puis chez les enfants avec un TDAH. Le Dr Adrian Chaboche, médecin interrogé, y décrivait une méthode qui aide à « mieux comprendre le fonctionnement de son cerveau » pour apprendre à le réguler.
Le principe expliqué aux lecteurs : des capteurs posés sur le cuir chevelu enregistrent l’activité électrique du cerveau, et un logiciel en extrait les différentes ondes. L’article indiquait que l’on observe souvent, chez les enfants hyperactifs, un excès d’ondes lentes dans les régions liées à l’organisation et à l’attention. Il décrivait ensuite le parcours proposé :
L’article insistait sur le côté valorisant de la méthode : on souligne les réussites plutôt que les erreurs. Il évoquait une quinzaine de séances pour une première étape, l’ajout de cohérence cardiaque ou d’(auto)hypnose selon les praticiens, et concluait que, selon plusieurs études américaines, une large majorité d’enfants progressaient, avec parfois une diminution du traitement médicamenteux sous contrôle médical.

Cinq ans plus tard : ce que dit la recherche
Depuis 2021, plusieurs travaux importants ont été publiés, et la Haute Autorité de santé a rendu ses recommandations sur le TDAH. Voici comment les principales affirmations de l’article se situent aujourd’hui :
| Ce qu’affirmait l’article | Ce que l’on sait aujourd’hui |
|---|---|
| Une méthode reconnue à l’étranger comme alternative à la médication | En France, la HAS (2024) ne recommande pas le neurofeedback dans le TDAH, faute de preuves suffisantes. La méta-analyse la plus large à ce jour (Westwood et al., 2025) ne trouve pas d’effet global lorsque les progrès sont évalués en aveugle. |
| Un excès d’ondes lentes chez les enfants hyperactifs | Vrai pour une partie des enfants seulement. Le ratio thêta/bêta n’est pas un marqueur diagnostique fiable (Arns et al., 2013 ; Académie américaine de neurologie, 2016). |
| Une large majorité d’enfants améliorés | Les progrès rapportés par les parents sont réels dans les études, mais en double aveugle, un essai de 144 enfants n’a pas trouvé de différence avec un neurofeedback simulé (2021). |
| Des apprentissages durables grâce à la plasticité cérébrale | Selon les parents, les effets se maintiennent 2 à 12 mois après l’entraînement (Van Doren et al., 2019) ; les données en aveugle à long terme restent rares. |
| Un traitement médicamenteux parfois diminué ou arrêté | Dans l’essai de 2021, les enfants du groupe neurofeedback prenaient moins de médicaments à 13 mois, sans amélioration supérieure des symptômes. Cette décision relève exclusivement du médecin. |
Nous détaillons ces études, leurs forces et leurs limites dans notre article TDAH, neurosciences et neurofeedback : ce que dit la recherche.
Ce que l’article a bien montré
Au-delà des formules trop enthousiastes, l’article décrivait justement plusieurs aspects de l’entraînement, que nous retrouvons au quotidien :
Un entraînement actif
L’enfant n’est pas passif : il apprend, séance après séance, à repérer quand il décroche et à revenir à la tâche.
Une approche valorisante
Le retour en temps réel récompense les réussites. Pour des enfants souvent repris, cela compte pour la confiance en soi.
Un travail sur le corps
La cohérence cardiaque et le biofeedback aident à apaiser la tension et à mieux gérer les émotions.
Notre lecture au centre Élan
Nous ne parlons pas de « solution » : le TDAH appelle un accompagnement global (information, guidance parentale, aménagements scolaires, suivi médical et, si besoin, traitement médicamenteux). Le neurofeedback, associé au biofeedback, peut s’y ajouter comme un entraînement de l’autorégulation, dont l’évolution est mesurée par un bilan intermédiaire et par les retours de la famille et de l’école.
Ce sont les objectifs que nous travaillons avec les familles, sans promesse de résultat. Pour découvrir le déroulement concret, consultez notre page neurofeedback et TDAH. Et si vous vous interrogez sur les signes du trouble, notre guide pour les parents vous aidera à y voir plus clair.
Questions fréquentes
Le neurofeedback est-il reconnu en France pour le TDAH ?
Non. Dans ses recommandations de 2024, la Haute Autorité de santé estime que les preuves sont insuffisantes et ne le recommande pas dans la prise en charge spécifique du TDAH. Il peut être envisagé en complément, en toute connaissance de cause.
Le neurofeedback permet-il d’arrêter les médicaments ?
Ce n’est pas son objectif, et ce n’est pas à nous d’en décider. Toute modification d’un traitement relève exclusivement du médecin qui suit l’enfant, en fonction de son évolution globale.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Au centre Élan, comptez en moyenne une trentaine de séances d’une heure, une à deux fois par semaine : un bilan EEGq au départ, environ quinze séances, un bilan intermédiaire comparatif, puis environ quinze séances.
Sources
- Article résumé : Lise Bouilly, Femina, avril 2021 (version imprimée).
- Haute Autorité de santé (2024). TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents
- Westwood SJ et al. (2025). Neurofeedback for ADHD: a systematic review and meta-analysis. JAMA Psychiatry
- Neurofeedback Collaborative Group (2021). Double-blind placebo-controlled trial of neurofeedback for ADHD with 13-month follow-up. JAACAP
- Van Doren J et al. (2019). Sustained effects of neurofeedback in ADHD. European Child & Adolescent Psychiatry
- Arns M et al. (2013). A decade of EEG theta/beta ratio research in ADHD. Journal of Attention Disorders
- Gloss D et al. (2016). The utility of EEG theta/beta power ratio in ADHD diagnosis. Neurology